Un monde où il vaut mieux être un Mouton… pas facile pour un zèbre !

Perplexe, stupéfaite, incrédule… il n’y a pas d’autre mot. Je n’en reviens toujours pas, alors que c’était hier matin !

Il m’est arrivé une aventure à peine croyable. Ou plutôt j’ai entendu un discours à peine croyable, désolant, incompréhensible. Je crois que j’aurais encore préféré être sourde pendant ces quelques minutes. Comment peut-on… bref, je vous explique…

Je me présente hier matin dans une boîte de recrutement. Ils ont un poste intéressant à me proposer, ça tombe bien, je suis à la recherche d’un nouveau défi professionnel. Me voilà donc à l’entretien, souriante et toute confiante malgré mon parcours atypique. Même si c’était il y a 4 ans, je ne sais jamais bien comment est perçu le burnout. Certains répondent que ce sont les meilleurs qui se brûlent, d’autres se contentent d’un hochement de tête difficile à traduire. Toujours est-il qu’on ne sait pas changer le passé, et que j’ai énormément appris en traversant cette épreuve. J’ai appris à mieux me connaître, à comprendre où avaient été mes erreurs, à mettre des mots sur toutes les émotions par lesquelles je suis passée, à accepter aussi qu’il y avait des choses qui n’étaient pas de mon ressort même si elles ne me plaisaient pas, et surtout à connaître beaucoup plus précisément ce qui est bon pour moi, ce dont j’ai besoin et ce dont je peux assez facilement me passer, ce qui me donne des ailes et ce qui me plombe le moral, ce qui me stimule et ce qui m’ennuie au plus haut point, ce que je suis capable de taire et de gérer, ce qui m’irrite profondément et qui me donnera envie de ruer dans les rangs. Bien qu’on ne connaisse jamais quelqu’un à fond, et que je m’attends à vivre d’autres surprises avec moi-même dans les 60 prochaines années, je pense quand même avoir une relative bonne connaissance de la fille que je suis aujourd’hui.

Me voilà donc devant cette recruteuse qui me demande quel est mon job idéal, et moi qui lui répond de manière très honnête, puisqu’aujourd’hui je sais assez bien ce dont je rêve professionnellement parlant:
-un boulot intellectuellement intéressant. S’il est carrément stimulant, ça ce serait encore plus le pied
-un environnement humain, c’est-à-dire qui ne presse pas ses employés comme des citrons 365 jours/an… pas tellement envie de refaire un burn-out. Une ambiance bienveillant serait encore mieux mais je n’ose pas le dire tel quel
-une certaine flexibilité d’horaire pour pouvoir combiner les horaires de la crèche avec mes horaires de boulot

Et là sa réponse est très claire: « ça va être très difficile à trouver ». Ah bon? Et s’il vous plait, quel est le point qui pose problème: le boulot intellectuellement intéressant? l’environnement humain? la flexibilité d’horaire?
En fait… c’est la combinaison des 3 qui est très improbable. Vous trouverez facilement un boulot chiant avec des horaires flexibles, un boulot intéressant avec des horaires de merde, mais pour l’environnement humain, il faudra repasser. En tout cas au sein des clients « corporate » qu’elle avait en tête (entendez par là, les grosses boîtes chez qui elle a l’habitude d’envoyer des candidats), il est compliqué voire illusoire de ne pas se faire squiser comme un agrume.

Stupéfaction de mon côté… Et quoi? Malgré le nombre de burn-outs ces dernières années, rien n’a changé en terme de gouvernance d’entreprise? Ne me dîtes quand même pas que la majorité des gens qui ont une famille et des enfants à aller chercher à la crèche / à l’école font un boulot inintéressant? Ou qu’il faille rester célibataire / sans enfants et se tuer à la tâche 60 heures par semaine pour faire un boulot intéressant?

Autre série de questions qui me traversent l’esprit: et comment font les mères célibataires qui doivent combiner un boulot (au moins pour remplir le frigo) avec les horaires de crèches? Quand elles bossent pour un employeur « corporate », elles en sont vraiment majoritairement réduites à des boulots administratifs? Tu m’étonnes que les femmes ont du mal à grimper en responsabilité avec une mentalité pareille !!!! Et vous oserez encore me parler d’égalité des genres??

Furieuse, j’étais furieuse. Je n’ai rien dit, rien laissé paraître, mais je n’en pensais pas moins. Ayant bien compris que ce n’est pas cette boîte de recrutement qui allait me trouver un chouette boulot, j’ai donc poussé le vice un peu plus loin, en disant à la recruteuse que si j’avais ces 3 critères en terme de recherche d’emploi, c’est aussi parce que j’ai découvert fin 2013 que j’était HP, et que je sais donc que je ne tiendrai pas dans un boulot chiant. Elle a noté, mais n’a rien dit. Vu son manque de réactivité et n’ayant pas grand chose à perdre, je lui ai alors demandé en toute franchise si elle trouvait que c’était le genre d’informations à donner lors d’un entretien d’embauche. « Heu… non, en fait c’est même mal perçu, les gens ont tendance à considérer cela comme de la prétention ». Ah… Encore une qui ne sait pas vraiment à quoi correspond le terme HP. J’ai bien failli lui répondre « Et si je vous dis que je suis socialement handicapée, ce sera encore considéré comme de la prétention? » mais je n’ai pas osé 😀

Donc il vaut mieux ne jamais dire que je suis HP? Malgré l’importance pour moi de trouver un boulot dans lequel je puisse continuellement apprendre et faire travailler mes neurones? « Eventuellement tout à la fin du processus de recrutement, quand vous signez le contrat, vous pouvez dire quelque chose du genre « Tiens, au fait, une petite info supplémentaire au cas où cela pourrait vous intéresser… ». »

J’ai alors été jusqu’au bout de ma question: Et quoi, il vaut mieux faire le mouton et ne rien dire? « Oui, il vaut mieux ».

Bon ben, mauvaise nouvelle pour moi. Je n’ai pas du tout la tête d’un mouton. Je suis plutôt du genre à dire ce que je pense, à parler des tabous, à avoir envie de faire bouger les choses, et à remuer ciel et terre quand j’ai une idée en tête. Bêler comme un mouton, c’est nettement (mais vraiment nettement) moins mon truc. En attendant d’éventuellement trouver un employeur qui aurait la tête d’une perle rare, je vais donc continuer à monter mon activité d’indépendante !

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